mardi 12 juillet 2011

Deux comme-Un. De la communauté

L’idée d'une communauté amicale – voire d’une amitié communautaire - remonte sans aucun doute à l'Antiquité. On entend par là une certaine homogénéité du groupe fondée sur des rapports égalitaires n'excluant pas l'esprit de compétition. Le premier concept grec de « cité » ou de civilité relevait bien cet ordre tant qu’il demeurait inféodé aux idéaux aristocratiques d’une classe dominante essentiellement guerrière. C'est ce qui régit encore vaguement les relations (volontiers « viriles ») de confrérie ou de camaraderie fondées à la fois sur l'égalité et la rivalité, mais aussi la solidarité. La solidarité est essentielle pour préserver la solidité du tissu communautaire. Cependant l'essentiel reste encore et toujours la reconnaissance au moins implicite d'un chef et le rassemblement autour de valeurs « communes ».

Mais, comme le rappelle J.-P. Vernant à propos de Platon, le tissu n'est rien sans l'art consommé du tissage, de même que la cité ne peut vivre sans l'autorité éclairée d'un roi-tisserand. Pour tisser il faut associer la chaîne, masculine et verticale, à la trame, féminine et transversale. C'est donc à partir de la différence — des forts et des doux, des fougueux et des tempérés — que se construit l'unité de la cité.

Or l'équilibre peut toujours être rompu, et le tissu déchiré. A la place de cette dualité union/division, condition d’intelligibilité politique selon Platon, le penseur moderne introduira justement une déchirure plus essentielle, comme condition d'existence du lien communautaire. Le tissu n'est solide que lorsque la tresse, et donc la division, est à la fois fine et serrée ; plus encore il n'est fiable que s'il peut être virtuellement déchiré, desserré. Cela définit en même temps la fidélité politique ou amicale : pour se montrer fidèle à un lien, lorsqu'il n'est plus viable, il faut rester fidèle à soi-même et rompre le lien.

Ces deux conditions négatives d’une division implicite et d’une déchirure virtuelle préservent – à peine paradoxalement – la possibilité du lien. C’est ainsi que, loin de tout fantasme « communautaire » refoulant la division, le Deux-comme-Un peut faire – réellement – communauté-du-Deux. C’est ainsi qu’une « communauté des Etrangers » (autre que communautariste) a une chance d’exister en tissant de nouveaux liens, de nouvelles formes de solidarité.

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