mardi 8 novembre 2011

Concorde et analogie

"La concorde paraît donc une amitié politique." (Aristote)

A plusieurs reprises Aristote mentionne la Concorde comme une expression possible de l'amitié. Il semble faire glisser cette référence du plan cosmologique initial jusqu'au plan politique où elle s'épuise dans la notion d'accord entre «honnêtes gens». La Concorde est un sentiment inné en tout être naturel, qu'il soit homme ou oiseau ; il s'éprouve originellement dans le cœur du créateur à l'endroit de la créature, et réciproquement. Son autre nom pourrait être l'harmonie universelle. Avec Héraclite et Empédocle, qui semblent déjà enregistrer une rupture de cette unité naturelle, on pose le problème de l'unification, que celle-ci porte sur les contraires (pour Héraclite) et consacre la loi de la Discorde, qu'elle mobilise à l’inverse les semblables (selon Empédocle) au nom de la Concorde proprement dite (encore que la Discorde elle-même soit une espèce de Concorde, au sens d'ordre naturel). Politiquement, la Concorde règne lorsque les affaires sont menées en accord avec les membres de la cité, d'après des décisions communes. Est-ce seulement une sorte de Concorde, qui elle-même ne serait qu'une sorte d'amitié, comme si le champ politique ne disposait pas vraiment de catégories propres ? Or pour le Stagirite il faut bien que les divers champs — physiques, métaphysiques, politiques, etc. — s'accordent eux-mêmes. Puissance de la métaphore et de l'analogie, de la Concorde comme métaphore et analogie…

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